Voilà une semaine que je suis parti (mardi 19 mai) en direction de l'Irlande, et j'ai l'impression d'avoir quitté Quiberon depuis deux mois!

Je profite d'une pause (vents contraires) Ă  Milford Haven au Pays de Galles pour commencer le rĂ©cit de ce voyage, qui devrait m'amener  vers une partie de l'Irlande de l'Ouest que je n'avais pu atteindre en 2005 . Le but est d'atteindre au moins les Iles d'Aran, mais c'est la mĂ©tĂ©o qui dĂ©cidera, comme d'habitude!

Je me suis retrouvé rapidement (mercredi soir) à Ouesssant, après une étape à Sainte Evette, mouillage un peu agité, mais quasi obligatoire si on ne se présente pas au bon moment au Raz de Sein.

L'an dernier, Ouessant nous avait fait mauvaise impression, accueil froid et manque de propreté; j'ai trouvé un changement agréable, des gens souriants et accueillants; Philippe a-t-il été entendu? voir le récit de l'an dernier /index.php?post/2008/06/20/Petite-croisiere-aux-Iles-Scilly-juin-2008.

Une journée de balade dans le sud-ouest de l'ile

le Fromveur

Quand je suis arrivé, nous étions peu nombreux dans le beau mouillage (gratuit!) de Lampaul

  Mais le lendemain,il Ă©tait plein en ce week-end de l'ascension; j'ai fait un heureux en quittant ma place le soir, j'avais en effet dĂ©cidĂ© de partir avant la nuit, (bien routĂ© par mon ami Alain, alias Aliguen!) de façon Ă  arriver de jour de l'autre cĂ´tĂ© de la Manche, Scilly ou Penzance.

Jeudi 21 vers 22h

de Ouessant Ă  Saint Ives (Cornouailles anglaise)

Le phare du Creach' me fait un dernier clin d'oeil!

J'ai peu dormi la nuit, trop de bateaux de pêcheurs qui suivent des routes qui semblent aléatoires m'empêchent d'activer la mise en veille du radar : je règle en effet l'alarme sur un rayon de 4 miles, avec mise en route toutes les 10 minutes, ce qui est convenable pour les cargos.

Le vent est de secteur Ouest, 10 à 12 nds, je marche bien, mais à l'approche de la côte, j'abandonne la direction des Scilly, préférant laisser porter vers Lands'End, et contourner la pointe de Cornouailles en profitant d'un courant favorable (1 à 2 nds), pour arriver finalement

vendredi vers 17h 

à marée haute à Saint Ives, où je prends un mouillage dans le port.

A marée basse, je bateau est échoué sur un beau fond de sable, je fais un tour en ville; capitainerie fermée, les prévisions météo très succinctes sont inscrites sur un tableau noir,

le lendemain,

samedi 23mai

de Saint Ives Ă  Padstow

je pars de bonne heure Ă  la PM.

Peu de vent, je ne tente pas la traversée du Canal de Bristol dans ces conditions, et longe la côte nord de la Cornouaille, jusqu'à Padstow :

très belle baie, frĂ©quentĂ©e par de nombreux petits voiliers, mais hĂ©las aussi par de gros engins Ă  moteur qui font du gymkana  avec un bruit d'enfer entre ces bateaux et les bouĂ©es pour emmener des touristes; pollution sonore, et consommation stupide de carburant ne semblent gĂŞner personne; messieurs les Ă©colos ont encore du boulot!

Dimanche 24 mai

de Padstow Ă  Milford Haven

Je quitte sans regret cet endroit bruyant pour traverser le Canal de Bristol, ce qui devrait pouvoir se faire dans la journée (environ 90 miles); mais peu de vent, moteur pendant quelques heures,

au soleil couchant, quelques dauphins m'accompagnent :

j'arrive à 4 heures du matin à Milford Haven, dont les abords se sont beaucoup industrialisés en 4 ans; d'habitude, en approchant la terre, on sent l'odeur de la végétation; ici ça sent le pétrole...

C'est un port Ă  Ă©cluse  (marnage 6m), la porte est ouverte, je m'amarre au ponton, pensant me coucher aussitĂ´t et dormir jusqu'au matin; mais il y a lĂ  deux employĂ©s, qui ont dĂ» me voir arriver, et qui m'invitent Ă  entrer sans attendre...

Donc, manoeuvre des portes, remplissage du sas (qui peut contenir de petits cargos) pour moi tout seul, je suis un peu gêné, mais non, c'est normal, comme ça vous pourrez dormir autant que vous voudrez; et si vous voulez un coup de main pour prendre le catway, on peut vous aider! C'est ce qui s'appelle un bon accueil!

J'attends ici jusqu'à jeudi, où je devrais avoir de très bonnes conditions pour rejoindre l'Irlande, et viser la côte Ouest.

Je me balade un peu sur les pontons, on y voit des bateaux parfois assez originaux, et surtout avec des noms d'une grande inventivité :








































































































































































Mardi et Mercredi 27
Milford Haven

Le vent a soufflé très fort, on a parlé de force 8, j'étais très bien au port...

Un peu de balade, courses, pris le bus, il y a un très bon rĂ©seau, pour aller voir un ship Ă  Neyland; la Marina est bien Ă©quipĂ©e, Ă  proximitĂ© il y a un Tesco et une station d'essence (j'ai fait le plein, 20l !); on trouve mĂŞme du Camping-Gaz; connexion internet chez « Marthas Wineyard Â», il suffit de consommer, on reste tant qu'on veut en wifi. J'ai pu lire les encouragements chaleureux des heossiens, ça fait plaisir, merci!

Un peu de technique :

Ce soir, j'ai essayé de me connecter à internet avec le téléphone 3G (Orange); ça marche très bien; je voulais récupérer un fichier Grib avec Zygrib; comme un fichier avec pressions et vent ne fait que 10 ko pour la zone qui m'intéresse, ça ne devrait pas coûter trop cher; il faut faire bien attention à désactiver toutes les mises à jour automatiques, et ne pas lancer de navigateur, pour éviter d'avoir d'autres données qui se baladent, et gonfler inutilement la facture!

Ensuite, on a tout loisir pour étudier, hors connexion, les prévisions, le fichier étant enregistré, on peut revenir sur les anciens; ce qui manque sur Zygrib (ou que je n'ai pas trouvé), c'est la hauteur des vagues, je pense que demain la mer sera encore assez formée.

Donc, les prévisions étant optimistes, vents portants pour quelques jours, je devrais bien avancer vers l'ouest.

Jeudi 28

de Milford Haven Ă  Dunmore East

En route pour l'Irlande!

Sortie de Milford Haven, ici c'est très policé, il faut demander la permission avant de passer l'écluse, même au moment du "Free Flow", c'est-à-dire à marée haute quand les 2 portes sont ouvertes; mais ça évite sans doute une belle pagaille quand tout le monde veut sortir en même temps!

La route directe fait passer au Nord de l'Ile Stockholm, mais ce n'est pas un bon choix, il y a un fort courant (3nds à ce moment-là) qui porte au nord'est, ce qui n'est pas très profitable...

Quelques macareux, mais beaucoup moins que je n'avais pu en observer en 2005.

Le temps est gris, la visi à peine 1 ou 2 milles; le vent a tourné comme prévu, et je suis maintenant au bon plein; des dauphins viennent me saluer quand j'entre dans les eaux Irlandaises; en fin d'après-midi, je peux entrevoir la terre, en même temps que je croise un trois-mats barque qui a l'air tout neuf: c'est le seul bateau que j'aie rencontré de toute la traversée!

Vers 21h, arrivée à Dunmore East, mouillage sur coffre; la nuit sera bercée par les cris assez peu mélodieux des mouettes tridactyles..

Vendredi 29 mai

de Dunmore East Ă  Crosshaven

Ciel couvert, puis petit à petit le brouillard s'installe, mais je marche grand largue, j'approche de Crosshaven au radar; quelques dauphins m'accompagnent, certains diraient que c'est pour me montrer l'entrée, mais là je doute...

Le « fog Â» se lève d'un coup en approchant de la terre,

et vous ne manquerez pas d'admirer cette maison en entrant dans la rivière; ou bien est-ce une maquette?

et je peux arriver vers 17h Ă  la Marina du « Royal Yacht Club Â», un bien grand mot pour des Ă©quipements assez sommaires : Ă  part un bar luxueux, pas d'affichage de la mĂ©tĂ©o, et je redĂ©couvre les douches communes pour les hommes; le bureau vient de fermer, et ne rouvrira que le lendemain Ă  9h; comme je veux partir avant, je ne pourrai mĂŞme pas payer...

Samedi 30 mai

de Crosshaven Ă  Courtmacsherry

Très peu de vent, moteur; ai pu capter un fichier Grib depuis la mer, alors que le 3G ne fonctionnait pas à terre : mystères de la technique?

Je pense m'arrêter à Kinsale, mais le vent se lève et du coup je continue!

Contourné Old Head of Kinsale,

direction Courtmacsherry, où je peux mouiller sur fond de sable (d'aprés la carte, en fait c'est plutôt de la vase); j'ai en effet remarqué un bruit bizarre au niveau du bras avant droit, et je veux vérifier.

Un boulon de cadène est en effet déserré, mais je n'ai pas la clé qui convient pour le revisser. On verra demain...

C'est dimanche, et grand Week-end de PentecĂ´te,

il fait très beau, les Irlandais sont en vacances, sur la plage un hôtel diffuse de la belle musique traditionnelle Irlandaise, mais j'ai mon problème de clé de 19...

Je vais sur le port, et demande si quelqu'un peut me dépanner, et alors, là, tout le monde se met à fouiller le coffre de sa voiture, finalement c'est le gérant du camping qui m'amène chez lui, et me prête ce qu'il me faut; je le lui rapporterai demain, no problem!

Partout ici, les gens sont prêts à aider, saluent quand ils vous croisent dans la rue, et en même temps discrets; j'apprécie beaucoup, et c'est sans doute ce qui, en plus de ses magnifiques paysages, fait le charme de l'Irlande.

Le ponton de Courtmacsherry peut accueillir quelques bateaux, mais assez inconfortable :

Lundi 1er juin

de Courtmacsherry Ă  Baltimore

hier soir, j'ai quitté mon mouillage pour me rapprocher du lit de la rivière, il y a quelques coffres privés inoccupés, ce qui me permet de partir sans attendre la marée.

Comme c'est bien établi depuis quelques jours, le vent est faible le matin, puis monte à 12 -15 nds, de l'est, en milieu de journée, ce qui est idéal pour avancer vers l'ouest; par contre, ceux pour qui le W-E est fini, et qui remontent contre le vent pour arriver le soir y vont plein pot au moteur! Je les plains deux fois, une pour marcher au moteur, l'autre pour le boulot qui les attend...

L'allure est maintenant plein vent arrière, vent de 20 nds, je n'aime pas beaucoup ça, d'autant plus que la mer est un peu désordonnée; voiles en ciseaux, je préfère prendre deux ris pour éviter toute casse en cas d'empannage; entrée dans la baie de Baltimore, ça va très vite, affaler GV, enrouler foc, moteur, la routine est bien établie, puis chercher où se poser; malgré les guides et les cartes, ce n'est pas facile de se faire une idée à l'avance de ce qu'on va trouver.

Ici, pas d'accueil, le HM (Harbour Master) ne rĂ©pond pas Ă  la VHF, ou alors je n'y comprends rien... Ce qu'on appelle un « harbour Â» est en gĂ©nĂ©ral une baie un peu fermĂ©e, avec un ou deux quais utilisĂ©s par les locaux, et des coffres un peu partout; j'en avise un dont le bout est plein d'algues, il ne doit servir qu'en Ă©tĂ©, et en effet j'y suis restĂ© deux jours sans problème.

Le Baltimore Sailing Club diffuse gratuitement son Wifi, on peut le capter soit depuis un bar (Bushes Bar par exemple) ou mĂŞme depuis la baie si on n'est pas trop loin.

Mardi 2 juin

j'utilise pour mon moteur de l'essence (ils disent « petrol Â» et non du gas-oil; il n'y en a pas ici, je suis allĂ© en stop Ă  Skibberreen remplir mon bidon de 10l; j'en ai profitĂ© pour passer chez CH MARINE, un ship très bien achalandĂ© et serviable, Ă  des prix corrects.

Mercredi 3 juin

de Baltimore Ă  Dingle

avant de sortir de la baie, je profite du calme plat qui y règne pour réaligner mon compas électronique, qui m'avait affiché plus de 20° de dérive pendant la traversée du Canal de Saint Georges; je ne comprends pas comment ces systèmes peuvent se dérégler; ensuite, c'est le speedo qui affiche zéro : démontage en route, une crevette coincée dedans, pauvre bête!

Je sens que c'est parti pour une journée de moteur, et en effet, le vent tournicote, monte péniblement à 8 nds, puis s'essoufle; la dernière fois, j'étais passé au Fastnet à 15 nds, les conditions sont bien différentes aujourd'hui;

mais j'aimerais bien arriver à Dingle aujourd'hui, je préfère bien avancer vers mon but, les Iles d'Aran, quitte à explorer quelques mouillages sympas en redescendant s'il me reste du temps.

Mizen Head

puis le Dursey Sound, qui a l'air d'un "Cul de sac" comme dit le guide

La côte vers Valentia est assez austère, et je me dis que notre Côte dite Sauvage est bien riante à côté!

Puffin Island

Valentia Island, Dingle à l'arrière plan

Arrivée à Dingle le 4 à 1h du matin, ce n'est pas une journée qui restera dans les annales de la voile !

Dingle est une escale sympathique et une belle petite ville; l'accueil du « Super Intendant Â» est chaleureux; en temps normal, il y a beaucoup de place (pas de problème de place de port ici!), sauf quand ils accueillent des courses comme le WE prochain, Don Lahogaire-Dingle, ou en aoĂ»t le Figaro.

Wifi en libre service, j'Ă©cris ceci Ă  bord du bateau pendant que le soir tombe sur Dingle.

Vendredi 5 juin

Dingle

Ce matin, j'ai éprouvé l'envie de relever le niveau de ce récit; me voici donc parti pour une balade en altitude, pas beaucoup, mais 600 m tout de même à quelques km à pied au-dessus de Dingle.

J'en ai pris plein les yeux, dommage qu'un voile atmosphérique assez dense (et un objectif pas très propre) ne permettent pas aux photos de refléter la beauté du paysage, je vous en montre quelques-unes quand même :

Dingle le port de pĂŞche


Dingle : des bateaux de pêche Français, équipage Espagnol, débarquent le poisson ici, d'où il part par camion.


Filets dérivants





Dingle Harbour, et derrère, Ventry Harbour

Connor Pass



au Nord de Connor Pass, et Brandon Bay


Brandon



Formation de la tourbe


Demain, il est prévu force 5 à 6 de nord, donc je vais rester encore un peu ici à Dingle, ou à Ventry Harbour en attendant de meilleures conditions.

Dimanche 7 juin

de Dingle Ă  Fenit

Je quitte Dingle avec beau temps, vent toujours du Nord-Est; le passage par Blasket Sound est un bon raccourci, je passe au dĂ©but du flot, le balisage est « naturel Â», constituĂ© de quelques roches bien identifiables, et il y a largement la place pour tirer quelques bords.

Une fois passĂ©e Sybil Head, j'envisage, vue la direction du vent, d'aller mouiller dans Ballyheige Bay, au sud de Kerry Head; mais l'endroit n'est pas du tout abritĂ©, on dirait mĂŞme que le peu de relief canalise le vent et le renforce; donc, je redescends vers le sud, en direction de Fenit; au passage, j'ai du mal Ă  trouver ce rocher sur la carte C-Map, il n'y figure tout simplement pas (j'ai une carte de 2004); sur la carte Imray, il est bien identifiĂ©, « Mucklaghmore Â»; heureusement qu'il est bien visible, et que ce n'est pas un rocher dĂ©couvrant... InquiĂ©tant!

Je passe devant « Barrow Harbour Â», que le guide dĂ©crit comme « only for the inquisitive yachtman not pressed for time Â», certains apprĂ©cieront, j'ai une pensĂ©e pour eux...

A l'est du port de Fenit, un corps mort m'accueillera pour la nuit, lĂ  il y a 4m d'eau.

Lundi 8 juin

de Fenit Ă  Kilkee

Saint Brendan me montre la direction de Loop Head; vent dans le nez, avec une mer hachĂ©e, quelques bords pĂ©nibles après la pointe, temps Ă  grains, je fatigue un peu et pense Ă  laisser tomber, revenir vers la Shanon par exemple; puis finalement je me rends compte que j'ai pas mal avancĂ©, que la petite baie de Kilkee (c' est une petite station balnĂ©aire, très frĂ©quentĂ©e en Ă©tĂ©) n'est plus très loin et devrait pouvoir m'offrir un bon abri. LĂ  non plus, pas de balisage, et il faut faire très attention aux « Black Rocks Â» au sud de l'entrĂ©e, j'espère que C-Map n'a oubliĂ© personne..

Il y a quelques corps morts inoccupés, mais ils sont peut-être pour de petits bateaux, je préfère mouiller sur ancre.

Mardi 9 juin

de Kilkee Ă  Inismore (Aran Islands)

je suis levé de bonne heure, bien décidé cette fois à atteindre enfin les Iles d'Aran; la mer est toujours aussi agitée, je suis au près, mais il ne faudra pas plus que 4 heures pour être au pied des grandes falaises d'Inishmore;



là pas de houle, et je me délecte de longer cette côte jusqu'au Gregory Sound qui m'amène dans la Killeany Bay.

J'ai bien étudié dans le guide et sur les cartes les différentes possibilités de mouillage, qui semblent toutes un peu délicates, mais bonne surprise! Il y a maintenant de bonnes grosses bouées jaunes, qui en Irlande, sont spécifiquement installées à disposition gratuite des visiteurs, donc tranquillité assurée quant à la qualité du mouillage.

Le port de Kilronan est en cours d'agrandissement, en particulier, une nouvelle digue est en construction au nord-est du quai actuel, signalée par quelques bouées vertes.

Il y aurait possibilité d'échouer sur le sable au fond du port, mais il suffit que le vent tourne, et c'est fréquent ici, et même avec une ancre sur l'arrière, ça peut poser problème : autant gonfler l'annexe...

Mercredi 10 juin

Aran...

que dire? D'abord déçu, ce n'est pas beau, les maisons quelconques, est-ce que ça valait le coup de venir?






































Mais il y l'accueil, toujours chaleureux; et puis il faut marcher, monter Ă  la « Old Light House Â»,

le chemin n'est pas balisĂ©, et les explications pour y aller relèvent de quelque fantaisie, (et mĂŞme certain quidam qui semblait avoir un peu abusĂ© de la « potheen Â», eau de vie qui dĂ©truit les cellules du cerveau, et qui se distille en cachette au coin d'un champ)

De là-haut, on a une vue d'ensemble; des kilomètres de murs de pierre, entourant des champs de pierre; on pense à la Grande Famine, il y a 150 ans, nos arrière grands-parents auraient pu connaître ce désastre.
















et ces blocs de granite, incongrus dans le paysage, probablement apportés par un iceberg il y a quelque temps?









Ici, on ne rénove pas de vielles maisons, elles ont été abandonnées, les habitants sont morts de faim ou ont émigré, on construit à côté, du neuf, généralement modeste.


Au nord-Ouest, le Connemara,

à l'est la baie de Galway et le plateau désertique du,Buren.

Tout ça crée une ambiance, j'ai continué de marcher au bord des falaises,

vers la pointe nord de l'ile, et je me suis mĂŞme mĂŞlĂ© Ă  la foule des touristes qui se pressent, beaucoup sont essoufflĂ©s, pour monter au fameux site prĂ©historique de Dun Aengus; je regrette d'avoir fait de la peine Ă  un couple d'Irlandais qui me demandaient si j'avais aimĂ©, et Ă  qui j'ai rĂ©pondu sans diplomatie « non Â»; c'est trop propre, trop bien restaurĂ©, on a du mal Ă  croire que cela date de la prĂ©histoire, ou alors une prĂ©histoire très rĂ©cente.

Le retour par la route, à pied, me laisse le temps de digérer toutes ces impressions. Les automobilistes me saluent au passage.

Je suis content d'ĂŞtre venu.

Le soir, les sauveteurs de la RNLI partent s'entraîner, sortie de tout l'équipage en tenue, c'est du sérieux!

Et les moutons, oĂą sont-ils? OĂą sont faits les fameux pulls?

Je n'ai pas vu un seul mouton (juste quelques vaches), ils ont disparu depuis 30 ou 40 ans, la laine vient du continent, pardon, du « mainland Â»; on n'a pas pu m'indiquer de fabrique de pull sur l'ile, les « hand made Â» seraient tricotĂ©s par les femmes chez elles, les autres dans le Connemara; la qualitĂ© ne m'a pas paru extra, les prix Ă©levĂ©s, et je n'en ai pas achetĂ©.

Les murs de pierre que l'on trouve partout en Irlande, et qui servaient à parquer les moutons représentent une somme de travail colossale, et je me demande si au final cela ne représente pas plus de milliards de tonnes que la Muraille de Chine?


Jeudi 11 juin

de Inismore Ă  Kilrush

Demi-Tour! On rentre Ă  la maison.

hier soir, le vent soufflait à 20 nds dans la baie, tranquille avec le corps-mort; aujourd'hui il est complètement tombé, moteur jusqu'à Loop Head; le port le plus près étant Kilrush, je profite de la marée montante pour remonter la Shanon sur une quinzaine de milles, le vent s'est levé, très irrégulier, avec un courant favorable de 2 à 3 nds, je tire des super-bords!

Il y a une écluse pour entrer à Kilrush, avec un chenal assez étroit pour y accéder, j'entre en communication avec l'éclusier, ça me semble très étroit, je crains que le bateau avec ses 6m de large n'entre pas!

Demi-tour, je plie les bras, et quand je me prĂ©sente Ă  l'entrĂ©e, le moteur se met Ă  « dĂ©c..ner Â», il y a du vent par le travers, je cafouille un peu... Voyant mes difficultĂ©s, l'Ă©clusier me dit qu'il va venir m'aider pour accoster au ponton qu'il m'a dĂ©signĂ©; ouf!

Kilrush, vraiment rien à dire; un mécanicien est venu voir mon moteur, pour me dire que finalement personne ici ne s'occupe des moteurs hors-bords, qui posent trop de problèmes...

Mais j'ai quand mĂŞme fait une rencontre exceptionnelle Ă  Kilrush, un navigateur solitaire de 84 ans, Willy Ker, qui part demain pour le Groenland sur son bateau de 10m « Assent Â», un Contessa 32, avec le projet de faire le passage du Nord-Ouest cet Ă©tĂ© avec son petit-fils; il a rĂ©alisĂ© un guide « Faroe, Iceland, Greenland Â», publiĂ© par Imray, et il veut vĂ©rifier quelques points de dĂ©tail pour une nouvelle Ă©dition; je lui ai achetĂ© son guide (il m'a dit avoir l'intention d'acheter une bouteille de Whiskey avec cet argent), mĂŞme si je n'ai pas de projet dans cette direction, mais va savoir...


Son seul problème, m'a-t-il confié, c'est qu'il se sent vieillir un peu! Je me sens gamin à côté.

Son bateau est un des rares Ă  avoir subi la tempĂŞte du Fastnet en 1979, avec son fils Ă  la barre, sans aucun dommage.

Le morceau de bois avec un chiffon au bout est un pic pour pousser les glaçons!

Samedi 13 juin

de Kilrush Ă  Fenit

aujourd'hui, mon antenne VHF a décidé de me quitter; trop malmenée en haut du mat par l'agitation de la mer, qui est parfois très désordonnée, son écrou s'est désserré, et elle danse sur son support, en donnant au passage (sur l'instigation de Murphy sans doute) de grands coups dans l'anémo, qui perd deux de ses coupelles; mais elle ne tombe pas... Je crains de la prendre sur la tête (elle pèse presque 1kg), et abandonne le projet d'aller mouiller dans Brandon Bay, pour me replier sur Fenit,où je trouverai de l'aide pour monter au mat. Le port est plein, il y a des régates un peu partout, non pas la Volvo Race, des régates locales, les pêcheurs me proposent de m'amarrer à couple de leur bateau...

Finalement, un quai fera l'affaire, mais le lendemain soir le vent a tourné et lève un méchant clapot, je déménage pour retrouver le mouillage que j'avais déjà utilisé en montant.

Dimanche 15 juin

L'homme qui devait venir avec son fils n'est pas lĂ  Ă  l'heure prĂ©vue, il paraĂ®t que c'est assez habituel en Irlande; le patron d'un vieux remorqueur (avec lequel il promène quelques touristes...) et son collègue, voyant ma difficultĂ© se proposent de m'aider Ă  monter au mat; je leur explique rapidement et dans mon anglais approximatif  le maniement des winches et des bloqueurs (drisse de GV pour la chaise et drisse de spi en sĂ©curitĂ©), en leur recommandant de me laisser descendre "slowly"... tout se passe Ă  peu près bien, je me cramponne quand mĂŞme un peu au mat au cas oĂą...

Lundi 15 juin

de Fenit Ă  Dingle

de Fenit au Blasket Sound, on passe devant Brandon Bay, puis on longe les falaises qui tombent de Brandon Mountain; le temps est superbe, la petite dépression qui donnait un temps une peu instable, avec des grains, est maintenant partie vers l'est du pays, et le vent a tourné au nord.

Brandon Mountain





Entrée de Smerwick Harbour



Sybil Point


Blasket Sound

Rencontres :



On peur aussi voir des tortues, des requins-baleine, et même des orques (dans ce cas, le vieux dauphin qui accueille les bateaux arrivant à Dingle se réfugie au fond de la baie, dixit le super-intendant!)

Je me suis arrêté de nouveau à Dingle, demain un coup de vent est prévu, vent du sud cette fois, puisque je vais vers le sud

Mercredi 17 juin

de Dingle Ă  Lawrence Cove

Après le passage de la dépression, le vent a tourné au N-O, 15 à 20 nds, le passage de Bray Head est toujours (même par temps calme) très agité, il faut donner un large tour; à l'entrée de Dursey Sound, ça va très vite, deux ris pour réduire un peu la vitesse, mais de toute façon ce n'était pas un bon plan, j'aurais sans doute mieux fait de passer à l'extérieur; en effet, ce sound est étroit, encombré de casiers, et ne permet pas de tirer des bords; le vent canalisé par le relief est "in the nose", et je dois me faire aider par Mr Honda, qui n'est pas en pleine forme...

Une fois sorti, direction Casteltownbere, je prends un corps mort, finalement trop prés d'un autre bateau, c'est mal abrité, Lawrence Cove est à 3 miles, le vent m'y pousse tranquille sous foc seul, là l'abri est parfait; aucun balisage, navigation à vue et au sondeur...

Quelque bouées visiteurs à l'entrée de Lawrence Cove.

Le village de Rerrin est très modeste, il n'y a même pas un pub ouvert en permanence, seulement le soir; un petit ferry fait la navette avec le "mainland".

Je m'étais déjà arrêté ici en 2005, mais depuis le patron de la marina s'est noyé, tombé du zodiac avec lequel il allait faire ses courses à Casteltownbere, et sa femme gère seule maintenant courageusement son affaire.

Il y a vers l'extrémité Est de l'Ile un ancien port wiking, c'est un beau mouillage, là aussi, navigation à vue, il y a beaucoup de cailloux.

Vendredi 19 juin

de Lawrence Cove Ă  Glandore

Bere Island


Vent de Ouest - Nord-Ouest, au largue, mer belle, j'ai vite atteint Mizzen Head, revu le Fastnet, et prends le soir une bouĂ©e visiteur (on ne les voit  que quand on est dessus, il faut s'approcher près du port, elles ont parmi les corps-morts privĂ©s) Ă  Glandore, un cadre superbe.



Samedi 20 juin

de Glandore Ă  Dunmore East

aujourd'hui, j'ai pris 15 ris, et démarré le moteur autant de fois; le vent est toujours de N-O, mais il est très perturbé par le relief; par exemple, juste avant Ballycotton, vent nul, je suis au moteur, juste passé la pointe, il monte à 30 nds (environ, je n'ai plus d'anémo!), puis retombe, pour revenir une demi-heure plus tard; toute la journée ainsi.

Un Garde-Côte m'a vu, et m'appelle pour un contrôle de routine, sans venir à bord : nom du bateau, POB (persons on board), âge du capitaine, etc..; et ETA : là j'ai dû leur expliquer que, navigant à la voile, j'aurais du mal à être précis : no problem, sir! professionnalisme et courtoisie.

En fin d'après-midi, une "pluie" de fous de bassan, c'est très spectaculaire; j'aime beaucoup cet oiseau, magnifique planeur et redoutable pêcheur.


Repris le même mouillage qu'à l'aller, pas très variée cette navigation!

Dimanche 21 juin

de Dunmore East Ă  Saint Ives

D'après le calendrier, aujourd'hui c'est l'été, mais à 11h il ne fait que 16° dans le bateau, le temps est gris; le vent est sud (prévu N-O), je commence à me diriger vers Milford Haven.

Puis le vent tourne à l'Ouest,force 3-4, la mer est belle, je change de cap, le petit largue me mène vers les Scilly ou la Cornouailles, et là j'entame l'une des navigations les plus "cool" que j'aie jamais eues; vers 16 h, j'entre dans les eaux anglaises; vent faible la nuit, un peu de brume, quelques cargos dans le canal de bristol; la plaine mer est à 5h, et je n'arrive que vers 9h à Saint Ives, je jette l'ancre devant le port, et dodo en attendant la marée haute.

Lundi 22 juin

Saint Ives

Entré dans le port, bouées visiteurs; c'est le jour de congé du Harbour Master, pas de chance, je ne pourrai pas le voir pour payer avant de partir (marée haute à 6h).

Mardi 23 juin

de Saint Ives Ă  Ouessant

Un anticyclone sur la Norvège avec une dorsale vers le Golfe de Gascogne donne un flux d'Est assez actif, c'est du vent portant, qui montera jusqu'à 6 dans l'aprés-midi; la mer est agitée, et comme je n'ai plus de girouette pour le pilote, je barrerai pratiquement tout le temps de la traversée.

QuittĂ© Saint Ives Ă  marĂ©e haute, le courant  (2 Ă  3 nds) me porte rapidement vers Lands'End, que je dĂ©passe vers 8h30.

à 14 h, j'entends le Cross Corsen, ça fait plaisir!

L'approche de Ouessant est toujours conditionnée par les courants très puissants qui longent l'Ile, et quand j'arrive, je dois viser la pointe Est, vers le Stiff, pour faire cap vers le Creach; par moments, je dérive de 40°... Quand on a prévu, ce n'est pas grave, sinon, on loupe l'entrée de Lampaul!

Il fait nuit quand j'arrive, de loin je ne vois qu'un bateau au mouillage, en fait ils sont beaucoup plus nombreux, mais aucun n'a allumé de feu.

La plupart sont GB ou Irlandais sur leur grande migration annuelle; on peut aussi voir deux locaux avec leur "Gwen ha du"...

Mercredi 24 juin

Journée à Lampaul

Jeudi 25 juin

de Lampaul Ă  Audierne

Lever de soleil sur Lampaul

Parti 1h avant la PM, j'arriverai juste à temps au Raz de Sein, il n'y a pas de vent, au moteur à 4 ou 5 nds, il y a 30 miles; déja ceux qui "montent" se bousculent au portillon; une fois passé le Raz, le courant est très fort dans le nez, 2 à 3 nds, et même avec un peu de vent, je ne pourrai pas traverser la Baie d'Audierne aujourd'hui, d'autant plus que après Pen'march, il faut encore aller jusqu'aux Glenan ou Loctudy. J'ai essayé de longer la côte de très prés, le courant est encore plus fort, ça n'est pas payant.

Un peu de vent veut bien me pousser jusqu'à Sainte Evette, aussi occupée par nos amis anglo-saxons et bataves.

Vendredi 26 juin

de Audierne Ă  Quiberon

Vent de S-O, une fois passée la pointe de Pen'March, c'est tout droit jusqu'à la pointe de la presqu'ile; Glenan, Groix, Birvideaux, je retrouve mon terrain de jeu habituel; arrivée vers 20h à Port Haliguen, où mon moteur, à bout de souffle, m'amène péniblement au ponton : consulter un spécialiste s'impose.


Ce fut une croisière agréable, avec du beau temps dans l'ensemble; à noter :

Les prévisions météo (Grib ou xcweather) sont valables si on est assez loin (10 ou 20 miles des côtes), plus près la météo est très influencée par le relief et les thermiques.

La mer est souvent agitĂ©e près des caps, mĂŞme en absence  de vent, du fait des mouvements de marĂ©e; les courants peuvent ĂŞtre importants, et, un peu comme en Manche, il faut absolument en tenir compte dans sa navigation.

La visibilitĂ© peut ĂŞtre très bonne, et comme les reliefs sont Ă©levĂ©s, on voit facilement des caps Ă  30 miles,  alors que en Bretagne, il est rare de voir une terre Ă  plus de 10 miles.

Les possibilités d'approvisionnement, carburant ou vivres, sont rares, surtout sur la côte ouest.

Les ports (non les "marinas") ne sont pas adaptés pour les bateaux de plaisance, mais l'accueil des pêcheurs est excellent, et on peut sans problème s'amarrer à couple d'un pêcheur, bien entendu avec son accord, au cas où il devrait partir; une planche de 2.50m peut être utile pour mettre entre les pare-battages et les quais.

Les Irlandais ont des bateaux robustes, avec des carènes assez fines, qui Ă©vitent  de  taper dans les vagues parfois courtes et dĂ©sordonnĂ©es; un multicoque, du fait de sa lĂ©gèretĂ©, sera plus secouĂ© sur un gros clapot, c'est sans doute ce qui a fait se dĂ©crocher mon antenne VHF.

j'ai appris un nouveau noeud :